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Le progrès

Le progrès est un des piliers majeurs des croyances de notre époque.

Telle une foi religieuse, elle s’impose aux esprits. Les expressions toutes faites comme « On n’arrête (ou on ne refuse) pas le progrès », « C’est le sens de l’Histoire »…traduisent l’impossibilité du débat et la force mystique du Progrès. Au-delà de la vacuité de ces formules creuses, elles positionnent bien le Progrès comme une entité intouchable, devant lequel les êtres humains ne pourraient que s’incliner…

Docilité apparemment surprenante eu égard au sentiment général de toute puissance et d’arrogance propre à notre civilisation moderne. Il y a là un paradoxe intéressant à étudier : d’un coté, une impression de pouvoirs sans limites dû à l’augmentation prodigieuse de notre arsenal technologique, de l’autre une incapacité manifeste à réguler, contrôler, maîtriser et, pourquoi pas, refuser le Progrès.

Plantu dans "Pas nette, la planète"
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Jean-Paul Besset résumait bien aussi à sa façon l’impasse de tout débat sur le progrès à travers le titre de son ouvrage pertinent « Comment ne plus être progressiste…sans devenir réactionnaire ».

Notre croyance dans le progrès s’appuie sur deux idées.

D’une part, nous avons la perception que le progrès est linéaire, qu’il évolue positivement depuis la nuit des temps, et que nous avons ainsi hérité de ses avantages cumulés. Notre civilisation moderne, dominatrice et « vivante », au contraire des civilisations dominées ou disparues, en est la preuve irréfutable.

D’autre part, nous sommes fascinés, éblouis par les prouesses et les innovations techniques, et par la capacité des scientifiques à agrandir continuellement le champ de la connaissance. Nous avons ainsi su, jusqu’à présent, nous adapter et survivre; nous saurons donc le faire demain, quels que soient les défis, grâce au Progrès.

Fort de ces présupposés, nous ne portons pas un regard lucide sur les effets négatifs du Progrès, qui se confond avec la modernité, et nous sommes donc incapables de résister à la fameuse injonction de la marche en avant. Les scientifiques sont de plus en plus nombreux à annoncer que nous courrons au désastre, et que nous sommes les propres acteurs de notre future disparition. Mais le diktat de la marche en avant et du progrès, rappelle ironiquement un commentaire humoristique attribué à Kroutchev sur la situation de l'URSS fin des années 50 : "Nous étions au bord du gouffre, mais nous avons fait un grand pas en avant".

Sans renier notre capacité à innover, l’enjeu et l’urgence nous commandent maintenant de réorienter radicalement notre recherche pour faire face aux défis inédits et ultimes de notre époque. Cela impose un bilan exhaustif du Progrès, et le déconditionnement de nos croyances.

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