La faim

La faim continue à s’étendre dans le monde. Cette injustice innommable résulte des pratiques économiques et politiques de notre temps.

Avant 1950, aucune population de la planète ne connaissait la faim chronique. Il y a maintenant près de 1 milliard d’êtres humains qui souffrent tous les jours de la faim. Le nombre d’affamés pourrait doubler d’ici 2020.

Dans un excellent texte intitulé « Sortir de l’impasse de la mondialisation », la politologue genevoise Marie-Dominique Perrot rappelait les engagements successifs et non-tenus des dirigeants ou institutions des pays occidentaux pour supprimer la faim dans le monde : entre autres la FAO (l’organisme Onusien en charge de l’alimentation dans le Monde) en 1970, le secrétaire d’état américain Henry Kissinger promettant en 1974 que 10 ans plus tard « aucun homme, aucune femme, aucun enfant ne s’endormirait en ayant faim », les 7 premières puissances économiques et militaires mondiales (G7) en 1980, chacun s’engageant successivement à régler définitivement le problème pour la décennie suivante.
La dernière promesse des dirigeants de ce monde s’inscrit dans les fameux Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), où cette fois l’ambition est de réduire de moitié la faim dans le monde pour 2014. Objectif qui ne sera pas tenu comme les autres, mais surtout, Marie-Dominique Perrot soulignait le glissement sémantique redoutable puisque finalement on renonçait à réparer cette injustice absolue.

On admettait implicitement qu’il fallait un taux structurel d’affamés dans le monde! On touchait donc à ce que le philosophe Gunthers Anders appelait « L’innocence du mal », ou la philosophe Annah Harendt « La banalité du mal » à propos de la Shoah.

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La tyrannie de la faim est proprement inacceptable, et nous devrons faire face à des situations sociales explosives, de plus en plus difficile à masquer, d’autant que la faim concerne nos latitudes.

Pour l’économiste Serge Latouche « L’homo-economicus tend à devenir un « criminel » ordinaire plus ou moins complice de la banalité économique du mal ».

Nous ne pouvons pas nous dédouaner de notre responsabilité individuelle dans ce crime contre l’humanité. Les institutions gouvernementales ont totalement failli dans leurs engagements et nous participons, consciemment ou inconsciemment, à cette oppression totale que représentent des êtres humains souffrant de la faim quotidiennement.

Le problème de la faim serait résolu pour l’essentiel en quelques années si chacun se nourrissait quasi-exclusivement avec des aliments fournis pas ses paysans les plus proches.

La logique économique mondiale a poussé jusqu’à l’absurde l’échange de produits alimentaires en tout sens sur la planète. La spécialisation à outrance de régions ou pays entiers, le remplacement des cultures vivrières pas des cultures d’exportations, la mécanisation excessive et l’uniformisation des cultures accompagnées de la chimie et des manipulations génétiques, ont créé structurellement les conditions propices au développement de la famine mondiale.

La progression de l’alimentation carnée a accentué encore l’injustice dans l’accès à la terre et à l’eau. L’Europe utilise environ 8 fois sa surface de terres arables pour satisfaire la demande carnée de ses consommateurs.

Au-delà d’une orientation nécessaire vers une alimentation saine, locale et moins carnée, se pose plus généralement la question de notre boulimie d’objets en tout genre. Chaque objet nous entourant, de la voiture au téléphone portable, prend une part de plus en plus importante de surfaces terrestres.
Les superflus matériels des uns vident l’assiette des autres.

La question de la famine dans le Monde ne peut se résoudre définitivement sans revoir globalement notre mode de vie, dans toutes ses composantes : nourriture en premier lieu, mais également logement, déplacement, loisir, travail…

L’alibi démographique ne tient pas. Les agronomes, les organisations spécialisées sur la question alimentaire affirment que la planète peut nourrir 10 milliards d’habitants, avec une nourriture de qualité, exempts de produits chimiques.

Ils ont dit…

« La terre fournit assez pour satisfaire les besoins de chacun, mais pas assez pour satisfaire les convoitises de chacun ». Ghandi

Selon l’agroécologiste et philosophe Pierre Rabhi, l’absurdité avec laquelle est traitée la problématique de l’alimentation est en train de rassembler les paramètres les plus négatifs et de préparer à des pénuries et à des famines mondiales sans précédents

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Pour en savoir +
La faim, pourquoi ?
François de Ravignan, agronome, établit ici un diagnostic précis de la faim dans le monde, y compris dans les pays du Nord, et de ses effets sur la santé et l’économie. Et il démonte impitoyablement les réponses plus ou moins bien intentionnées qui aggravent de fait la situation (aide alimentaire, cultures d’exportation, politiques d’industrialisation…).
Brouillons pour l'avenir - N°14 Nouveaux cahiers de l'IUED
Ouvrage collectif où l'on retrouvera l'excellent texte de Marie-Dominique Perrot "Sortir de l'impasse de la mondialisation"
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