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Un certain regard sur l’actualité…
le 07/09/2009

Dans Le Monde du 4 septembre, un article intitulé « Un certain regard sur l’Amérique » traite du scandale des enfants souffrant de la faim aux Etats-Unis.
La journaliste Corine Lesnes signale qu’ « aux Etats-Unis, 12,5 millions d’enfants ne mangent pas à leur faim » !

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Dans l’éditorial du même journal, le directeur Eric Fottorino, justifie l’occupation de l’Afghanistan dans l’objectif de « sécuriser » le pays, et ne pas « abdiquer devant les talibans, qui, par leurs discours et leurs actes attentatoires à la dignité humaine, bafouent la moindre liberté ».

Il n’y a pas de rapports directs entre ces 2 articles, mais chacun soulève la question de la perte de la dignité humaine et de la liberté, dû à la souffrance de la faim, dans le premier, dû aux talibans dans le second.

On a donc envie de rapprocher les 2 sujets, même si on nous a habitués à ingurgiter de l’information, ou plutôt de la communication, sans analyse ou prise de recul. Les évènements et les sujets sont traités ainsi le plus souvent superficiellement, en continu, et « sans transition » pour reprendre la formule consacrée des journaux télévisés.

Alors, prenons ici le temps d’une rapide mise en perspective sur ce problème central de la dignité humaine évoquée dans les 2 articles.

Concernant les enfants américains souffrant de la faim, l’infamie pend tout simplement au visage des dirigeants de cette grande « démocratie ».
Comment peut-on au sein du pays le plus puissant et soit disant le plus riche de la planète, laisser des enfants souffrir de la faim ? 12,5 millions d’enfants !
Comment peut-on consacrer chaque année des centaines de milliards de dollars à son armée, et ne pas trouver quelques millions pour nourrir sa propre population ?

Le prix Nobel d’économie Armatya Sen avait affirmé que dans une démocratie, on ne pouvait pas souffrir de la faim. Soit il s’est trompé, soit il faut requalifier les régimes occidentaux (car le problème de la malnutrition et de la faim ne concerne pas que la « démocratie américaine » mais touche également d’autres « démocraties occidentales », notamment la française).
En vérité, l’analyse d’Armatya Sen est erronée, car la faim chronique est un évènement récent de notre histoire, étroitement lié à notre époque moderne, et il est aussi également très abusif de parler de démocratie pour les gouvernements représentatifs occidentaux actuels.

Pour l’Afghanistan, si Eric Fottorino veut poursuivre l’occupation du pays par les armées occidentales, il reconnaît qu’il est temps de « stopper cette guerre aveugle qui tue les civils », avec ses « innocents tués les jours de mariage…[ses] écoles détruites…villages anéantis…humiliations et frayeurs gratuites ».
Avec un tel bilan, on ne sait plus trop bien de quel coté se situe l’obscurantisme et la barbarie ! Bon, pour l’éditorialiste, il faut changer bien sûr de méthode. « Il faut sécuriser l’Afghanistan, pas le terroriser. Rassurer, développer, construire des projets. »
Au fond, quand on ne sait plus quoi faire, on change les mots, et tout peut continuer comme avant…

Disons les choses comme elles sont.
L’Afghanistan représente un enjeu géo-stratégique et politique.
Géo-stratégique pour sa position carrefour entre l’Orient et l’Asie, point de passage par exemple pour les ressources gazifières du Turkménistan - en évitant ainsi la Russie-.
Politique dans la rhétorique sécuritaire, servant d’alibi à la mainmise d’un pouvoir au service des lobbies économiques, financiers et militaires.

La misère et la faim au sein des premières puissances mondiales ne servent aucun intérêt financier, aussi est-il plus logique d’en appeler à ne pas « abdiquer devant les talibans » plutôt que de donner à manger à ses propres enfants.

Nous perdons notre esprit critique et, dans le même temps, notre humanité.

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