Accueil > Blog > Peut-on domestiquer le marché ?
Peut-on domestiquer le marché ?
le 03/03/2009

2 points de vue très différents dans le Monde du 28 février sur la crise actuelle.

Pour le sociologue Robert Castel, l’enjeu se résume à domestiquer le marché sans être dévoré par lui.
« Il faut avoir la lucidité de reconnaître que nous sommes, et pour longtemps, dans une société capitaliste, et que le marché est une composante essentielle de la modernité. Dès lors, sauf à faire la révolution (mais qui la fera ?), le problème est de vivre avec le marché sans être dévoré par lui. »
Voilà un point de vue qui semble sous le sceau du bon sens et du réalisme, et que l’on entend souvent dans les travées du pouvoir.

En réalité, la « lucidité » invoquée par le sociologue, démontre plutôt notre aveuglement collectif, doublé d’une certaine forme de lâcheté morale.

Télécharger l'image
 

On peut comprendre que Robert Castel ne soit pas disposé, à titre personnel, à faire la révolution (d’autant qu’il emploie ce terme, à dessein, dans le cadre très restrictif d’un changement de société par des moyens violents). Mais dire cela, c’est déjà oublié, la violence effective quotidienne avec lequel le marché traite la majeure partie de l’humanité. Pour celle-ci, une révolution « violente » ne peut pas lui enlever un état de paix ou de calme qu’elle ne connait pas. Elle n’a rien à perdre. Les explosions de violence sociales en augmentation régulières sur la planète, ne manquent pas d’ailleurs de nous le rappeler.

Au-delà de notre manque de courage à envisager une rupture radicale (qui peut et doit être non violente) avec le modèle dominant existant, que faut-il penser du postulat posé « Le marché est une composante essentielle de la modernité » (et pourquoi pas dire à ce moment « une composante essentielle de la vie sur Terre » tout simplement, puisque la modernité présentée comme telle semble « non négociable » et incontournable) ?

Le problème se résume donc finalement pour le sociologue « à vivre avec le marché sans être dévoré par lui ». Voilà une conclusion commode qui ne bouleverse pas notre confort existant et qui, pleine de bonnes intentions, veut s’attacher à limiter les dégâts engendrés par ledit marché.

Point de vue radicalement inverse pour le sociologue américain Zygmunt Bauman : « …le capitalisme crée davantage de problèmes qu’il n’en résout…Si [le capitalisme] reste cohérent avec ses principes, il se heurte à des problèmes insolubles ; s’il essaie de les résoudre, il doit renier ses propres fondements. »
Pour Bauman, « La logique capitaliste n’est viable qu’à condition de s’appliquer toujours à de nouvelles « terres vierges » ; mais en les exploitant, elle entame leur virginité précapitaliste et épuise par là même les ressources nécessaires à sa perpétuation. C’est le serpent qui se mord la queue : un vrai festin, jusqu’à ce que la nourriture finisse par manquer et qu’il ne reste plus personne pour la manger… ».
(Pour plus d’un milliard de personnes, la question du manque de nourriture n’est pas qu’une image, y compris sous nos latitudes.)

Le sociologue américain poursuit, « Le capitalisme est par définition un système parasitaire. Comme tout parasite, il s’attache à un organisme encore sain et prospère à ses dépens. Mais à mesure qu’il le grignote, il voit s’anéantir les conditions mêmes de sa survie. »

On ne saurait mieux dire. Le marché a besoin perpétuellement d’étendre son emprise, aussi bien sur de nouveaux territoires (qualifiés de « sous-développés », d’« en voie de développement », etc), que sur les territoires déjà conquis. Pour ces derniers, la publicité se charge alors de renouveler à l’infini l’insatiabilité du « serpent ».

Zygmunt Bauman conclue sur une note optimiste. Selon lui, il reste de l’espoir car « nous n’avons pas tout à fait atteint le point de non-retour, il est encore temps de réfléchir, de faire machine arrière,…, non seulement pour nous, mais pour les générations futures. »

« Machine arrière », cela signifierait faire sans le marché ou le capitalisme.
Et ce retour en arrière ne veut pas dire régression. Ici, il s’agirait au contraire d’une avancée significative de l’humanité!

Commentaires


Voir aussi

« Si vous êtes dans le doute face à une action à entreprendre, demandez-vous si elle rendra service aux plus petits et aux plus faibles des humains. La réponse vous sera donnée sur l’attitude à prendre. » Ghandi ...

S'abonner
Lettre d'informations

Renseigner votre email pour recevoir par mail les nouveaux billets (envoie tous les 7 jours) :

 

  Haut