Accueil > Blog > Comment les riches détruisent la planète
Comment les riches détruisent la planète
le 14/02/2009

Un essai de 120 pages écrit par le journaliste du Monde, Hervé Kempf, rapide à lire et bien écrit.

« Comment les riches détruisent la planète » est très bien argumenté sur le constat écologique, convaincant sur la crise sociale.

Le journaliste apporte surtout un éclairage passionnant sur une erreur d’analyse majeure commise aussi bien par les capitalistes que par les marxistes. Sur douze pages (page 75 à 87). Rien que pour celles-ci, le livre vaut largement la peine d’être lu. Elles ébranlent le dogme de la croissance, du productivisme et du consumérisme.

Télécharger l'image
 

Le journaliste s’appuie sur les travaux de l’économiste et sociologue Thorstein Veblen (1857-1929).
Thorstein Veblen a mis en évidence la propension de l’homme à vouloir se distinguer de ses semblables.

Pour le sociologue (cité par Hervé Kempf) « Si l’on met à part l’instinct de conservation, c’est sans doute dans la tendance à l’émulation qu’il faut voir le plus puissant, le plus constamment actif, le plus infatigable des moteurs de la vie économique proprement dite. »

Par ailleurs, dans la théorie économique libérale ou marxiste, l’homme a des besoins illimités et la rareté prévaut. Aussi bien pour Adam Smith, père de l’économie libérale, que pour Marx, l’industrialisation et le progrès technique allaient ouvrir une ère d’abondance, propre à satisfaire enfin les besoins de l’humanité.

Hervé Kempf souligne que « Veblen, au contraire observe que les besoins ne sont pas infinis. Au-delà d’un certain niveau, c’est le jeu social qui les stimule. De même, il ne considère pas que la production est rare, mais pose qu’elle est suffisante. »
L’analyse de Veblen rejoint en cela les travaux d’anthropologues comme Marshall Salins ou Pierre Clastres. De manière peut-être provocante, Salins avait déclaré que les sociétés primitives étaient finalement les seules sociétés d’abondance de l’histoire. Elles avaient limité volontairement leurs besoins, et la nature généreuse y pourvoyait donc largement.

Le postulat inverse posé par l’économie moderne, a entraîné l’humanité dans une spirale de croissance illimitée, d’un productivisme et d’un consumérisme effrénés, encouragés par la « course à la distinction ».
Hervé Kempf en conclue que « la croissance n’est pas la solution ». Voilà qui est fort bien dit. On aurait eu envie même que le journaliste rajoute qu’elle représente le problème!
La croissance aggrave la crise environnementale, creuse les inégalités, et ne réduit pas la pauvreté contrairement à une fausse idée martelée par les élites (Hervé Kempf semble toutefois concéder que celle-ci aurait diminué ponctuellement la pauvreté lors des années de croissance à deux chiffres de la Chine, mais nous ne sommes pas du tout d’accord avec cette concession. La Chine durant ses fortes années de croissance a détruit bien plus d’activités paysannes qu’elle n’a créé d’emplois dans l’industrie).

On reste par contre sur un peu sur sa faim sur les responsabilités et la solution proposée par Hervé Kempf.
Les « riches » désignés dès le titre de l’ouvrage (!), constituent des boucs émissaires trop commode. L’élite économique et politique porte une part de responsabilité très importante, mais cela n’exonère pas le reste de la population. Le mode de vie occidental est proprement insoutenable, et chacun y contribue (ce que reconnaît volontiers Hervé Kempf).

Mais le journaliste, inspiré par la pensée de Thorstein Veblen, pense que le changement doit être impulsé par le haut, seule façon d’entraîner les couches sociales inférieures à un moins disant dans l’inclination de chacun à vouloir se différencier de son prochain.
Cela part d’un bon sentiment, c’est en partie juste mais probablement très insuffisant pour sortir de notre crise de civilisation.

On aurait aimé qu’Hervé Kempf rajoute quelques propositions simples, préhensibles pour tous, sur l’urgence à relocaliser nos activités économiques, limiter notre boulimie consumériste, privilégier la qualité à la quantité, choisir une nourriture saine et de proximité, etc., sans forcément attendre que les riches donnent l’exemple…

Commentaires


Voir aussi

La croissance économique sans fin sur une planète finie, est tout simplement impossible. Un enfant de 12 ans peut comprendre cela .
Cependant la croyance dans une croissance économique apportant paix et prospérité à tou ...

S'abonner
Lettre d'informations

Renseigner votre email pour recevoir par mail les nouveaux billets (envoie tous les 7 jours) :

 

  Haut